Se retrouver affilié à une caisse de retraite, sans vraiment l’avoir décidé, voilà la règle pour la majorité des travailleurs indépendants. La structure juridique choisie au lancement scelle l’orientation : professions libérales réglementées rattachées à la Cipav, les autres, direction la Sécurité sociale des indépendants (SSI). Ce jeu de cases, parfois obscur, prend vite des allures de casse-tête, surtout pour les micro-entrepreneurs qui cumulent plusieurs activités ou modifient leur statut en cours de route.
Au fil des parcours, les écarts sautent aux yeux : montants de cotisations, prestations servies, gestion des points… Rien n’est figé, tout dépend du chemin emprunté et des choix opérés à chaque étape. Certains bénéficient même de droits particuliers, souvent méconnus, en fonction de leur situation professionnelle.
Préparer sa retraite quand on est indépendant : pourquoi c’est fondamental
Être travailleur non salarié, commerçant, artisan, micro-entrepreneur, professionnel libéral, impose d’accepter une réalité assez directe : la pension moyenne reste bien en dessous de celle d’un salarié. En 2025, la barre s’arrête à 1 150 € brut par mois pour les indépendants, contre 1 530 € côté salariés. Deux mécaniques sont en jeu : les trimestres validés pour la retraite de base, les points pour la complémentaire. Et ici, chacun règle seul ses cotisations, sans employeur pour abonder la mise.
Le statut adopté dès le départ conditionne la suite du parcours. Les assimilés salariés bénéficient du régime général, mais la très grande majorité, TNS, micro-entrepreneurs, professions libérales, restent sur leur voilure propre, avec des plafonds spécifiques. Impossible de faire l’impasse sur une année : obtenir 4 trimestres en 2025 implique 7 128 € de revenus. En dessous, la retraite prend du retard.
Le taux de remplacement ralentit d’année en année pour les indépendants. Aujourd’hui, seuls 3 à 4 trimestres peuvent être validés chaque année avec les cotisations minimales. Et l’attrait généré par les dividendes ne change rien : seuls les revenus d’activité ouvrent des droits à la retraite.
Trois éléments à garder en vue :
- La retraite de base se limite à 50 % du PASS, soit 1 962,50 € brut mensuels en 2025.
- Les trimestres ne sont validés que par le revenu effectivement déclaré.
- La complémentaire s’appuie sur un système de points, dont la valeur évolue chaque année.
Élaborer une stratégie sur le long terme, ajuster ses versements, surveiller ses revenus, voilà l’équation imposée à tout travailleur non salarié pour limiter la chute du niveau de vie à la retraite.
Cipav ou SSI : comment choisir la caisse de retraite adaptée à votre activité ?
Le choix de la caisse de retraite, SSI ou Cipav, dépend très étroitement de l’activité professionnelle. Depuis 2018, l’ensemble des professions libérales non réglementées, comme les artisans, commerçants et la grande majorité des micro-entrepreneurs, cotisent à la SSI. La Cipav n’accueille plus qu’un noyau de métiers bien définis : architectes, ingénieurs-conseils, psychologues, experts, ou certains métiers liés à l’immobilier. Pour éviter les fautes de parcours, mieux vaut consulter la liste officielle.
De leur côté, les professions libérales réglementées versent leurs cotisations à leur propre caisse sous la houlette de la CNAVPL : les médecins passent par la CARMF, les infirmiers par la CARPIMKO. C’est une organisation clairement structurée, différente du passé où la Cipav faisait figure de guichet quasi systématique. Désormais, seuls les métiers précisément identifiés y restent affiliés.
On distingue nettement deux grands régimes, chacun avec ses particularités :
- La SSI représente la voie principale, calquée sur le régime général pour la retraite de base, et sur le RCI pour la complémentaire.
- La Cipav s’adresse à certaines professions libérales non réglementées et propose une complémentaire organisée par points.
La méthode de calcul diffère aussi : la SSI applique trimestres et plafonds du régime général, la Cipav fait davantage reposer la formule sur le cumul de points. Même durée, mêmes revenus mais caisses différentes : au bout du parcours, le montant de la pension peut diverger. Surtout lorsque l’activité change en cours de route. Micro-entrepreneurs attention, il faut générer 7 128 € de chiffre d’affaires en 2025 pour valider 4 trimestres : c’est un seuil décisif.
Prévoyance et épargne : quelles solutions pour compléter sa retraite d’indépendant ?
Avec une pension qui plafonne à 1 150 € brut par mois pour nombre d’indépendants, et une retraite maximum à 1 962,50 € seulement, difficile d’espérer se reposer sur le régime obligatoire. Il y a donc urgence à diversifier ses sources de revenus une fois l’activité terminée.
Le Plan d’Épargne Retraite (PER) retient l’attention de plus en plus de travailleurs indépendants. Ses versements sont déductibles du bénéfice imposable (dans la limite de 10 %, jusqu’à 8 PASS) et un choix reste possible entre rente ou capital à l’heure du départ. L’assurance-vie offre, elle aussi, des atouts : flexibilité, disponibilité et transmission simplifiée.
Parmi les moyens concrets pour renforcer sa capacité financière lors du passage à la retraite, plusieurs options se distinguent :
- Le PER, qui propose une solution souple et intéressante fiscalement
- L’assurance-vie, accessible et pensée pour la constitution ou la transmission d’un capital
- L’immobilier locatif, qui peut sécuriser des revenus additionnels et participer à la valorisation du patrimoine
- Le PEA, destiné à investir en actions, tout en bénéficiant d’une fiscalité atténuée après plusieurs années
La prévoyance ne doit pas être négligée : invalidité, décès ou arrêt de travail peuvent bouleverser l’équilibre financier. L’assurance privée reste, pour la majorité, le seul véritable rempart pour soi-même et pour ses proches. Pour ceux qui cotisent peu, le minimum contributif assure une pension entre 747,69 € et 893,66 € brut selon les trimestres validés. Si les ressources deviennent insuffisantes, l’allocation de solidarité aux personnes âgées garantit 1 034,28 € par mois en 2025.
Conseils pratiques pour anticiper sereinement votre avenir
Le bilan retraite, loin d’être un gadget, devient un passage obligé autour de 40 ans et à surveiller encore plus près dès 55 ans. Mieux vaut traquer les erreurs sur son relevé de carrière une fois par an : la moindre anomalie fait perdre un trimestre. Les outils numériques sont précieux pour consulter relevés, effectuer des projections ou recalculer sa future pension.
Le rachat de trimestres peut offrir une bouffée d’air à ceux dont le parcours a connu des à-coups, mais l’addition reste élevée, souvent entre 3 000 et 6 000 € le trimestre en fonction de l’âge et du contexte. Avant de valider ce choix, chaque euro investi mérite d’être mis en balance avec le futur supplément de pension. Côté complémentaire, tout passe par le cumul de points : des années à faible activité, et la pension finale en garde la marque. Micro-entrepreneurs, ne négligez pas le seuil de 7 128 € annuels, indispensable pour décrocher vos 4 trimestres chaque année.
Voici quelques gestes à mettre en place pour renforcer la sécurité de son futur :
- Analyser régulièrement le relevé de carrière, année après année
- Mesurer l’intérêt d’un rachat de trimestres en consultant un professionnel spécialisé
- Penser au cumul emploi-retraite à taux plein pour lisser la transition
Le statut choisi, qu’il s’agisse du TNS ou de l’assimilé salarié, façonne sans détour les conditions pour la retraite. Les dividendes ont beau séduire, ils ne rapportent rien pour la pension : le revenu d’activité reste la clé. Une gestion suivie et rigoureuse du dossier administratif donne toujours ses fruits. Préparer sa retraite, c’est tracer sa propre route, même quand l’horizon semble éloigné.


